Une interview de madame Bastié quelques passages :

http://www.lesinrocks.com/2016/10/01/actualite/feminisme-selon-eugenie-bastie-11868573/

 

Vous considérez-vous comme féministe ?

Eugénie Bastié – Non, car pour moi le féminisme est une idéologie. On peut très bien être sensible à la condition des femmes et vouloir qu’elles soient épanouies sans être féministe, c’est à dire adhérer à une lecture du monde inventée par Simone de Beauvoir qui consiste à percevoir les relations entre hommes et femmes sous le prisme d’une domination qui dure depuis des siècles. C’est une vision quasi-complotiste du monde et même si j’entends sa critique, je n’y adhère pas.

 

N’avez-vous jamais constaté cette inégalité entre hommes et femmes ? 

On est tous d’accord sur le fait qu’il y a des constructions sociales de la féminité et de la masculinité et une dissymétrie entre les sexes. Mais je considère que ce n’est pas parce qu’une chose est construite qu’elle est forcément mauvaise. Ce qui me dérange dans le féminisme, c’est ce passage du dévoilement de la construction à l’impératif de la déconstruction.

Dans votre livre, vous fustigez le “néoféminisme”, ce féminisme nouveau qui “ne se bat plus pour l’amélioration du quotidien d’une majorité de femmes, mais pour la déconstruction des identités”. Vous avez le sentiment que le féminisme remet en cause les identités féminines et masculines ?

Si on va au bout du raisonnement de Simone de Beauvoir, il n’y a aucune différence entre l’homme et la femme. Elle dit par exemple que l’instinct maternel n’existe pas, ou qu’”il n’existe pas entre les deux sexes de distinction biologique rigoureuse”. Je ne suis pas d’accord avec ça. Je pense qu’il y a des différences naturelles entre les hommes et les femmes. Cette différence est un diamant brut que la culture ne fait que sculpter différemment selon les latitudes. Les néoféministes, ce sont ces nouvelles militantes qui reprennent à la lettre la démonstration de Beauvoir et considèrent que puisque tout est construit, il faut tout déconstruire. Avec moins de talent et plus de mesquinerie. Le néoféminisme est au féminisme ce que Nuit Debout est au marxisme, c’est la vision caricaturale, abâtardie et spectaculaire d’une idéologie.

De quelle manière avez-vous l’impression qu’elles déconstruisent ces identités ?

Ce néoféminisme est fait de slogans, de campagnes anti-harcèlement, anti-sexisme… Il cherche à policer les comportements par la loi. Or je pense que les rapports hommes-femmes sont bien trop complexes pour cela. Par exemple avec la suppression de l’appellation “Mademoiselle”.

Dans votre livre, vous critiquez les réformes entreprises par Najat Vallaud-Belkacem à l’école, notamment les ABCD de l’égalité. Pourquoi ?

Je trouve que ce n’est pas le rôle de l’État de déconstruire les stéréotypes, et surtout pas dès l’enfance. Les ABCD de l’égalité relèvent d’une idéologie qui n’est pas neutre. Je pense que les enfants doivent d’abord recevoir un héritage avant de pouvoir le déconstruire.

Mais n’est-ce pas le rôle de l’école d’enseigner l’égalité des sexes ?

Ce qu’il faut enseigner c’est la lecture, l’écriture, et les classiques littéraires. Leur approche complexe de la vie humaine, de la profondeur d’esprit, de la décence et du respect pour les choses sacrées façonne suffisamment le comportement des enfants.

On a toujours étudié les classiques littéraires, pourtant cela n’a pas empêché le sexisme.

Moi j’ai eu la chance de les étudier mais je pense qu’il y a une baisse générale du niveau d’éducation et que les rapports entre les sexes s’en trouvent troublés. Surtout que les réseaux sociaux, la télé-réalité et le porno viennent s’ajouter à cela.

 

A lire également :

http://www.causeur.fr/eugenie-bastie-feminisme-adieu-mademoiselle-editions-cerf-37654.html

Une vidéo ou elle parle de son livre :